Communion entre frères et remboursement des frais
Les limites et les critères de la division d'un actif
Le partage d' un bien détenu en indivision entre frères et sœurs , notamment lorsque l'un des copropriétaires en a joui exclusivement, en supportant les frais d'entretien ou en y apportant des améliorations, constitue l'une des questions les plus fréquentes et les plus délicates en droit successoral et patrimonial. L'arrêt n° 29035 du 3 novembre 2025 de la Cour de cassation, chambre civile II, traite clairement cette question, réaffirmant des principes désormais bien établis mais souvent mal compris dans la pratique, et fournissant des orientations opérationnelles essentielles à toute personne impliquée dans le partage d'un héritage ou la dissolution d'une indivision.
- L'histoire: communion entre frères et usage exclusif de la propriété
- Décisions au fond: partage, ajustements et fruits civils
- Le principe affirmé par la Cour de cassation: non à l’article 1150 du Code civil
- Le droit au remboursement des frais: mandat et gestion des affaires
- Améliorations et dépenses en tant que partie intégrante du bien commun
- L'inapplicabilité de l'article 1110 du Code civil en cas de possession exclusive
- Implications pratiques pour le partage des héritages entre frères et sœurs
L'histoire: communion entre frères et usage exclusif de la propriété
L'affaire soumise à la Cour concernait deux frères copropriétaires d'un bien immobilier acquis en commun . L'un des frères en avait été le propriétaire et l'occupait exclusivement depuis longtemps, supportant les frais d'entretien et y réalisant des améliorations. L'autre frère, privé de la jouissance du bien , a intenté une action en justice visant à obtenir la dissolution de la copropriété, le versement d'intérêts civils pour la jouissance exclusive du bien et une indemnisation pour le préjudice subi du fait de son impossibilité d'y accéder.
Le frère qui occupait les lieux s'est opposé aux demandes, réclamant le remboursement des dépenses engagées, arguant que les travaux avaient augmenté la valeur du bien et que cette plus-value devait être prise en compte.
Décisions au fond: partage, ajustements et fruits civils
Le tribunal a prononcé la dissolution de la copropriété, attribuant le bien au frère qui en était auparavant propriétaire, avec obligation de rétablir la valeur du bien au profit de l'autre frère et de verser les fruits civils pour l'usage exclusif du bien. En appel, suite à la vente du bien aux enchères, le produit de la vente a été partagé entre les copropriétaires, compte tenu de l'importance des améliorations apportées au bien et de l'obligation de verser les fruits civils.
Les deux parties ont interjeté appel devant la Cour suprême, contestant, bien que selon des perspectives opposées, les critères adoptés pour le remboursement des dépenses et pour la détermination de leurs droits respectifs.
Le principe affirmé par la Cour de cassation: non à l’article 1150 du Code civil
La Cour de cassation a rejeté les deux pourvois, confirmant le bien-fondé de l'affaire dans son intégralité. Un cohéritier ou un copropriétaire qui a possédé la propriété commune en exclusivité ne peut se prévaloir de l'article 1150 du Code civil , qui accorde au possesseur de bonne foi une indemnisation égale à l'appréciation de la valeur du bien due aux améliorations apportées.
Selon la Cour suprême, cette disposition ne s'applique pas aux relations entre copropriétaires ou cohéritiers, car la possession exclusive du bien commun ne transforme pas le copropriétaire en un possesseur « extérieur » à l'égard des autres copropriétaires. Leur relation avec le bien demeure fondée sur un titre de propriété commun.
Le droit au remboursement des frais: mandat et gestion des affaires
Cela ne signifie pas pour autant qu'un copropriétaire ayant engagé des dépenses soit sans protection. La Cour de cassation précise qu'il a droit au remboursement des dépenses engagées pour la conservation et l'amélioration de la partie commune, non pas en fonction de l'augmentation de sa valeur, mais selon le principe nominal.
Le remboursement repose sur la notion de mandat tacite ou de gestion des affaires d'autrui , puisque la personne ayant engagé les dépenses l'a fait dans l'intérêt des autres copropriétaires. Il s'ensuit que le remboursement doit porter sur le montant effectivement dépensé, et non sur la plus-value acquise par le bien.
Améliorations et dépenses en tant que partie intégrante du bien commun
Un autre point important de la décision concerne le sort des améliorations et des frais d'entretien. La Cour précise qu'ils deviennent partie intégrante des parties communes et doivent être pris en compte dans l'évaluation du bien lors du partage, dans la détermination des parts revenant à chaque copropriétaire et dans le paiement des ajustements.
Autrement dit, les dépenses engagées ne restent pas un fait «extérieur» au partage, mais ont un impact direct sur la structure globale des intérêts patrimoniaux entre les cohéritiers.
L'inapplicabilité de l'article 1110 du Code civil en cas de possession exclusive
La Cour de cassation exclut également l'application de l'article 1110 du Code civil, qui permet à un copropriétaire de demander le remboursement des frais engagés pour l'entretien des parties communes en cas de négligence des autres. Cette disposition présuppose la participation effective de tous les copropriétaires à l'entretien du bien, condition qui cesse dès lors qu'un seul d'entre eux en a la jouissance exclusive.
Dans ces cas, la relation doit être ramenée aux règles du mandat ou de la gestion d'entreprise, avec les conséquences décrites ci-dessus.
Implications pratiques pour le partage des héritages entre frères et sœurs
La décision n° 29035/2025 est particulièrement pertinente en matière de partage successoral entre frères et sœurs, lorsqu'il est fréquent qu'un seul cohéritier utilise le bien hérité, engendrant des dépenses au fil du temps. Cette décision précise que l'usage exclusif du bien crée l'obligation de verser des prestations civiles aux autres cohéritiers. Les dépenses engagées ne sont remboursables qu'à hauteur de leur valeur nominale. Les améliorations apportées au bien ont une incidence sur son appréciation, mais ne justifient pas une demande d'indemnisation proportionnelle à cette plus-value.
Il s'agit d'un équilibre visant à éviter tout enrichissement injustifié et à assurer une juste répartition des effets économiques de la communion.
La Cour de cassation, saisie de l'arrêt contesté, confirme une approche rigoureuse, mais conforme à la nature de l'indivision. Ceux qui utilisent exclusivement le bien commun ne peuvent être considérés comme possesseurs de bonne foi au sens de l'article 1150 du Code civil, mais ils bénéficient néanmoins d'une protection pour les dépenses engagées dans l'intérêt commun.
Pour ceux qui doivent partager un bien entre frères et sœurs ou cohéritiers, cette décision constitue un point de référence fondamental, utile tant en phase préalable au procès qu'en cas de litige, et confirme l'importance de reconstituer correctement les relations économiques qui se sont développées pendant la copropriété.
L’Agenzia delle Successioni reste disponible pour fournir des informations complémentaires et une assistance spécialisée en matière de succession, de partage d’héritage et de dissolution de la propriété conjointe.
Service Client
Le service d’assistance est disponible du lundi au vendredi, de 09h00 à 17h00.
Remplissez le formulaire
Consultez le professionnel expert en la matière